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TraMeZziniMag

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Le blog - Revue en ligne des Fous de Venise depuis 2005

Quand il faut déjà songer à repartir...

Les magnifiques roses de la chère Anna Barnabo

Les magnifiques roses de la chère Anna Barnabo

Le temps passe toujours trop vitè quand ce que l'on vit est en adéquation avec ce que l'on est. À Venise, d'autres l'auront constaté, c'est pire encore. Quand on a dans le sang cette passion pour les ruelles et les campi, les sons et les odeurs, la lumière et les reflets ; quand la musique de la langue des gens d'ici, la brusquerie de leurs expressions, ce mélange d'impatience et de charme, on ne peut qu'être triste de devoir quitter Venise une fois encore. Une fois de plus.  

Est-ce le monde qui change ou bien suis-je encore empêtré dans mes naïvetés adolescentes, mais j'ai l'impression, moi qui continue de regarder les autres et la vie avec le meme regard joyeux et serein, que les autres sont plus méfiants, facilement sur la défensive. Une sorte de prudence comme en a presque malgré lui celui qui a été mordu un jour par le plus doux des chiens. L'ambiance est certes lourde ces temps derniers, les attentats, la démocratie qui se meurt, les réflexes individualistes, la peur que les misères des autres soient contagieuses. Rares sont ceux qui posent sur l'autre un regard d'amour et font vers lui un geste spontané d'hospitalité et d'alliance... Le renard du petit prince avait raison, les hommes n'ont plus d'amis puisqu'il n'existe pas - pas encore - de marchands d'amis...

Mes propos qui peuvent sembler désabusés, ne visent personne en particulier, sinon quelques venitiens que j'avais rencontré et qui tous dans leur domaine avaient l'air enchanté de mes projets d'édition, de traduction, de galerie, de salon de thé mais qui n'ont plus jamais répondu depuis mai dernier à mes courriers ou mes appels. Le triste constat que notre époque moderne si elle aime plus que tout la vitesse, si elle obsédée par le temps perdu, n'est pas vraiment un modele de respect de l'autre, d'écoute et d'entraide. Après tout la merveilleuse trouvaille de la révolution française qui  orne le fronton des mairies et parfois encore des écoles publiques n'est pas un code universel. Tout au plus un voeu pieux qu'on admire et ho or mais qu'on se garde bien d'appliquer. Liberté. Oui à condition que le du voisin ne soit pas trop bruyante ou différente de la mienne. Égalité, mon dieu quelle horreur, est-ce juste qu'on me force à etr l'égal de l'éboueur ou du migrant ? L'égal de la reine oui, je veux bien... Quant à la Fraternité, sensée équilibrer les deux premières vertus de notre communauté, tout le monde lui tourne le dos. Chacun pour soi et s'il existe encore, Dieu pour tous. Bien entendu mes enfants apprentis-anthropologues me diraient qu'il faut éviter de généraliser. Cependant certainement parce que les temps sont difficiles pour tout le monde, rares sont les oreilles attentives qui écoutent les besoins et les désirs de l'autre, simplement, sans aucune grille d'appréciation autre que le respect de l'autre. Méfiance, calcul, peur... Tout l'attirail de l'individualisme habilement entretenu par les marchands de soupe passés maîtres dans l'art du care-washing...

Mais revenons à cette obligation de repartir. Un ami français vivant ici depuis des années me confiait l'autre jour que s'il devait aujourd'hui se fixer à Venise, il ne ferait pas ce choix. Quelque chose a changé ici. Contrairement a d'autres endroits du monde, Venise demeure la même que celle chantée depuis des siècles. Ce sont les conditions de vie qui ne sont plus les mêmes. Ce constat dûment établi, vivre à Venise reste un bonheur. Un privilège aussi. Devoir la quitter est donc une souffrance que j'espère exorciser à chaque fois sans y jamais parvenir. La raison est simplement parce que, étant passé depuis longtemps au-delà de la "tentation de Venise" qui atteint depuis toujours de nombreux visiteurs, je n'y ai plus aucun lieu à moi. La maison de la Toletta etait un refuge tout sauf immuable et cette fois encore, je repars sans rien de sur. J'ai bien dans ma poche les clés d'une maison dans laquelle j'avais déjà séjourné et où je me sens bien mais elle n'est pas la mienne. J'ai mis quarante ans pour me rendre compte que je ne suis pas un nomade. J'aime à voyager mais je suis peu curieux de certains horizons lointains où je n'irai jamais. Après les annees d'apprentissage, la découverte de la vie en Angleterre, le Grand Tour fait deux fois, toujours sac au dos et avec la carte interail en poche , les voyages de haut standing faits avec mes parents, c'est Venise qui m'est apparue comme Ithaque pour Ulysse... Il y a bien dans mon panthéon intime le souvenir des délices du Bassin d'Arcachon, la grande villa sur la plage et les longs séjours en Soule, dans cette ultime vallée du pays basque où à l'epoque personne ne venait jamais, la vieille auberge,  la maison près de l'église. Puis il y eut la maison dans le Cotentin et ces longues semaines de farniente  dans le parc, les plages tranquilles, les promenades... Autant de lieux qui m'ont permis de me construire, de me ressourcer et où mon désire d'écrire est né et s'est étayé année après année. Mais tout cela est mort, les lieux sont habités par es inconnus aujourd'hui. Le temps passe vite ai-je énoncé au début de ces notes... Il est temps de poser mes valises, de ranger mes livres. Je croyais naïvement que c,etait pour cette fois. Amener le chat Mitsou était symboque. J'allais enfin signer un bail avec la Sérénissime, prêt à me plier à toutes ses conditions. J'aurai laissé le chat pour occuper symboliquement les lieux, laissé sous la surveillance d'amis qui avaient accepté de s'occuper de lui chaque jour et je serai revenu avec mes meubles, mes livres et ma joie. Mais rien de tout cela encore. Et il nous faut repartir, Mitsou et moi.

Nous reviendrons. Bientôt. Dieu voulant, comme on dit chez moi.

 

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