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TraMeZziniMag

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Le blog - Revue en ligne des Fous de Venise depuis 2005

A Venise, au fil des jours. Journal.

A Venise, au fil des jours. Journal.

12 juillet 2016.

Délices du petit matin à Venise. La grande majorité des touristes n'est pas levée ou pas encore en train de se répandre dans les rues. Tout est calme. Serein. Les éboueurs passent avec leurs grands chariots, les livreurs vont et viennent. Seul bruit rémanent, le cri des hirondelles qui se mêle à celui des mouettes affamées qui dépècent les sacs d'immondices devant les maisons endormies. Des gens qui se rendent à leur travail, d'autres qui promènent leur chien. Rien que de très banal et qu'on peut observer dans toutes les villes du monde, mais ici, il règne une tranquillité comme à la campagne et pourtant on ne peut pas ne pas avoir la sensation d'être au milieu d'un centr urbain, certes aujourd'hui dépeuplé, mais tout rempli de siècles d'activité humaine.   

J'ai ressenti cela un jour à Pompéi. C'était comme aujourd'hui, par un matin. Tôt. Il y avait peu de monde et je devais été le seul visiteur. Des employés, très jeunes, balayaient le forum, des chiens errants allaient et venaient. Tout etait silencieux. Mais d'un silence rempli d'une sorte de ferveur. Soudain je ressentis comme une fièvre. Cette ambiance dans l'air qu'on retrouve partout les jours de foire ou de marché... Seul ou presque dans ces ruines, j'avais l'impression très nette d'être au milieu d'une foule de citadins, de camelots, d'artistes et d'ouvriers. C'était comme si mon esprit traverse le temps et que l'esprit de ceux qui vécurent la venait à sa rencontre. Nulle angoisse, nulle terreur. Il y avait dans l'air les remugles du monde d'avant.  C'est une peu la même chose ici à Venise sauf que l'activité humaine ne s'est jamais interrompue et que tout continue comme autrefois. Les vénitiens, comme leurs ancêtres vaquent aux mêmes occupations dans les mêmes lieux, avec les mêmes contraintes et les mêmes usages. Et puis, ce qui fait la particularité de l'atmosphère ici dans la cité des doges, c'est l'absence de véhicules automobiles.  Il y a bien le bruit des barques à moteur sur les canaux, mais nulle part ces pétarades qui ailleurs troublent nos sens et que nous ne remarquons plus tant nous y sommes habitués. Nos villes modernes sont envahies depuis longtemps par le bruit. L'absence ici de cette rumeur permanente qui couvre tout autre son est ce qui rend Venise unique, presqu'autant que son architecturé ses trésors d'art  et son emplacement au milieu de la lagune. C'est un tout certes, d'autres l'ont dit bien mieux que moi. Mais ce tout unique rend tellement heureux, paisible, serein. Il y a un rythme particulier auquel on s'adapte naturellement et qui rend toute activité joyeuse... 

En plein été, ces matins calmes sont aussi remplis de fraicheur. La marée et le vent qui l'accompagne à refroidi l'air pendant la nuit. Souvent, jusqu'à une ou deux heures du matin, l'air est suffocant. Hier soir, même sur les Fondamente Nuove, qui se situent pourtant au nord de la ville et où il fait souvent tes froid avec des vents qui viennent du fond de la lagune et rebondissent vers la façade nord de la ville, il régnait une chaleur étouffante. Puis soudain, avec le changement de maree,une brise lointaine, douce et odorante s'est répandue comme le fait l'air brasse par un ventilateur dans une pièce chauffée par le soleil et tout devint plus doux. 

Et la lumière, cette lumière unique qui danse sur les façades des et jaillit tout autant des reflets sur l'eau que de ceux que renvoient les fenêtres des maisons. Les couleurs des maisons, du jaune pâle à l'ocre le plus sombre, souvent soulignées par le blanc de la pierre d´Istrie qui encadre les ouvertures et décore les balcons, et le vert profond des volets de bois, sont un bonheur pour les yeux. La moindre façade, même la plus lépreuse, la plus insignifiante se donne de beaux airs sous la lumière du matin... 

Le marchand de journaux range son étal en sifflotant. En face, un bengali installe ses colifichets à trois sous qui feront le bonheur des enfants des touristes. Ils ne s'adressent jamais la parole. Le restaurant Aqua Pazza n'ouvre pas le lundi. La terrasse restera vide. Ceux qui travaillent son temps deja passés. Il est presque neuf heures. Dans quelques minutes, les cloches vont répandre leur humeur joyeuse sur la vill. Un nouveau jour, semblable à tous les autres jours, mais avec davantage de goût que nulle part ailleurs...

Pour moi, une semaine après mon arrivée, c'est aussi un commencement. J'avais décidé de passer la première semaine à dormir; me reposer, me détendre en ne faisant rien de particulier. Ranger et ordonner à mon goût la maison, prendre nos marques Mitsou et moi. Cuisiner aussi - l'un des moyens que j'emploie pourbretrouver calme et sérénité mais aussi les kilos perdus avec le stress et la précipitation de ma vie ces derniers mois - écouter de la musiqu, bouquiner des livres insignifiants ou sérieux... Bref, le farniente complet. Je m'y entends assez bien contrairement à ce que peuvent penser les gens qui me voient toujours actif et sur la brèche. Nos vacances d'avant, les pieds dans l'eau du Bassin d'Arcachon ou à la Moignerie, dans note chère maison du Cotentin, commençaient toujours ainsi pour moi : réajuster le décor souvent malmené par des mois d'hivernage et les mains maladroite de ceux qui restaient ; fleurir les vases ; ranger les livres ; aérée et parfumer les pièces ; remplir les armoires de provisions glanées au marché ou chez les producteurs du coin. Puis sortir les transats et s'affaler pendant plusieurs jours, passant joyeusement du lit à la chaise longue, du jardin à la plage. Quelques jours de ce régime draconien et la pleine forme retrouvée, je pouvais attaquer les inévitables travaux à faire dans la maison? Mais aussi me mettre à écrire et à lire sérieusement. J'avais la chance de pouvoir le plus souvent disposer de quatre à six semaines de vacances, voire huit parfois. À ma discrétion. Une huitaine de jours pour le régime reprise de forme, une bonne semaine de réadaptation aux lieux, puis de deux à quatre semaines de vraies vacances et une dernière semaine pour se faire à l'idée de quitter bientôt un rythme parfaitement heureux et totalement en adéquation avec ma nature profonde. Non pas de la paresse, plutôt de l'authenticité. Être enfin, totalement, soi-même. Au moins une fois l'an. Je is que certains de mes lecteurs ne comprendront pas, portes par les usages modernes qui nous font considère qu'on n'existe que dans le vacarme et l'action trépidante... J'en suis bien triste pour eux et souhaite qu'ils puissent un jour expérimenter ce bonheur par eux-mêmes. 

  

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bb84 28/07/2016 09:48

Ouf! Je vous ai retrouvé! Mais je souhaite de tout mon coeur avoir de nouveau accès aux archives où j'aime me promener pour prendre l'air de notre chère Venise.
Je crois comprendre que vous avez de nouveau une maison "là haut". J'en suis heureuse pour vous.

Lorenzo 30/07/2016 21:12

Merci de votre soutien et de votre félicité. Pour les archives, il faut attendre la réactivation du compte et savoir pourquoi il y a eu ce blocage, les raisons ? Censure, je ne crois - ce serait un grand honneur cependant - piratage plutôt, les hackers n'ont pas d'état d'âme. À suivre donc

mamina de sclos 28/07/2016 07:31

Une "éducation" vénitienne qui s'apprend, si on le désire, très vite.
Tous les éléments de la lagune et de sa cité ouvrent les écoutilles des sens. L'œil plus vif, qui observe la pierre et apprécie sa couleur, l’écoute attentive qui capte très tôt le matin le moindre frémissement des vibrations, le moindre souffle ponctué au loin par des bribes de mots dans ce dialecte si particulier, le toucher qui mène la main à caresser la pierre fraiche, frôlant une écorce d'arbre, la balustre métallique d’un vieux pont, l'odeur si particulière de Venessia, à la fois maritime par ses effluves salées, parfois légèrement putride, et florifère par la présence cachée d’une végétation luxuriante, les vénitiens sont d'excellents jardiniers ; le goût quant à lui sera magnifié à cette heure si matinale par la récompense d'un bon caffè, particulièrement bienvenu après toutes ces gourmandises.
Le temps, on ne le perd pas, on le prend, on le savoure, on le sent glisser dans ses pores, il nous pénètre languissamment et c’est là toute la généreuse offrande de cette si grande et si précieuse Amie.
L’éducation à la Vie, la vraie !

Aliénor 28/07/2016 06:59

Être enfin, totalement, soi-même. Oui, oui, oui. Quand on me demande ce que je fais à Venise, je réponds Je ne fais pas, je suis.
Il est 7 heures, il est temps de sortir.